Monsieur le 6 d’après Donatien de Sade Ecrit et réalisé par Agathe Mélinand au TNT

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Monsieur le 6 au TNT

Avec Eddy Letexier

Création sonore Joël Grare (percussions) et Joan Cambon

Décor Agathe Mélinand avec le concours de Jean-Marc Boudry

Lumière Michel Le Borgne

Construction du décor Ateliers du TNT sous la direction de Claude Gaillard

Accessoires et papillons Jean-Pierre Belin

Musique additionnelle Pete Doherty

Production Théâtre national de Toulouse Midi-Pyrénées

Durée 1h 15

« La vérité que je vous demande ? Elle est courte, elle est brève, il est inutile de la noyer dans un fatras de rabâchage de l’autre monde. Il faut m’écrire dans une seule ligne : Vous sortirez le… du mois de… année… à… heures du matin ou du soir. »

Saumur, Pierre Encise, Miolans, Donjon de Vincennes, Bastille, Les Carmes, Saint-Lazare, Picpus, Sainte Pélagie, Charenton. Sur les soixante quatorze ans de sa vie, Donatien Alphonse François marquis de Sade aura passé trente ans en captivité: « Je suis dans une tour enfermé sous dix-neuf portes de fer. »

Sade est dans ses prisons, plus seul que seul, alors il se plaint violemment, écrit des milliers de lettres, hurle, provoque, discute, argumente : « Si j’avais eu Monsieur le 6 à guérir, je m’y serais pris bien différemment. », s’évanouit même souvent d’exaspération.

« J’ai de violentes attaques de nerfs, des agacements, des crispations. Je vous répète qu’on y devient tout à fait fou, que la tête y pète tout à fait. » Mais c’est aussi dans ces prisons où Sade est enfermé par lettre de cachet pour débauche aggravée et sodomie que Sade écrit… ce qui lui vaudra d’ailleurs de retourner plus tard dans une autre prison, un asile où il mourra, à Charenton. « Considérant que le Seigneur de Sade est atteint de la plus dangereuse des folies, que ses communications avec les autres habitués de la maison offrent des dangers incalculables, que ses écrits ne sont pas moins insensés que ses paroles et sa conduite, il sera placé dans un local entièrement séparé, de manière que toute communication lui soit interdite sous quelque prétexte que ce soit. »

Monsieur le 6 ainsi nommé par le numéro de son cachot en octogone de Vincennes y fut enfermé à trente huit ans. … Toute l’enceinte et la scène du théâtre sont blanches. Il y a des papillons, des papillons en ombres ou bleus presque phosphorescents, un mur de papillons géants piqués sur le mur qui est au fond de la scène.

C’est un espace mental au bout du monde… au fond de tout et du silence. Il y a une petite fenêtre, très haut, en fait c’est une grille d’aération.

Dans cette tour où il est seul

Sade :

- A l'égard de la chambre, c'est une très grande malhonnêteté que l'on m'a faite de me changer la mienne. C'est un procédé à ajouter aux autres et je m'en souviendrai. Non seulement je ne pourrai pas faire de feu de tout l'hiver, mais même encore je suis dévoré de rats et de souris qui ne me laissent pas reposer un seul instant de la nuit. En voilà six blanches tout de suite que je parle (que je passe), et quand je demande en grâce qu'on mette un chat dans la salle voisine pour les détruire, on me répond que les animaux sont défendus. A cela je réponds: « Mais bêtes que vous êtes, si les animaux sont défendus, les rats et les souris doivent l'être aussi. » On me répond : « C'est différent ». Vous voyez ce que c'est que les règles de cet exécrable taudis.

La vérité que je vous demande ? Elle est courte, elle est brève, il est inutile de la noyer dans un fatras de rabâchages de l'autre-monde. Il faut m'écrire dans une seule ligne : Vous sortirez le... du mois de ... année ... à... heures du matin ou du soir.

Voulez-vous un autre petit trait ? Vous savez que je suis à nouveau malade. Hier soir, m'étant trouvé beaucoup plus mal, j'imaginai d'écrire un petit billet au chirurgien, par lequel je lui demandais un nouveau remède dont j'espérai du soulagement. Je me couche et m'endors un peu plus tranquille, d'après l'espoir qu'on va m'apporter ce que je demande ...

« Eh bien ! Dis-je en m'éveillant le lendemain, m'apportez-vous ce que j'ai demandé ? – Pas un mot, me répond-on, je vous rapporte votre billet. – Mon billet ? – Oui, Monsieur, votre billet ; vous l'adressiez au chirurgien et c'est un crime ... c’est au commandant qu'il faut l'adresser. – Et le remède ? – Oh ! Le remède, quand votre adresse sera bien mise ... »

1 Lettre à Pélagie en octobre 1778 - ln Pauvert, page 157

2 Mars 1779 à Pélagie

Monsieur le 6 ou la liberté par les mots

Entretien avec Agathe Mélinand

Agathe Mélinand a puisé dans l’oeuvre du marquis de Sade – dans ses lettres surtout - pour composer Monsieur le 6. Au Studio, elle place Eddy Letexier dans un décor blanc illuminé de papillons géants d’un bleu électrique.

Sade est un personnage de théâtre. Il a lui-même composé des pièces et la mise en scène est consubstantielle à sa pensée et à ses obsessions. Peter Weiss, auteur suédois d’origine allemande (1916-1982) lui a consacré une oeuvre très célèbre créée par Peter Brook avec la Royal Shakespeare Company, La persécution et l’assassinat de Jean-Paul Marat représentés par le groupe théâtral de l’hospice de Charenton sous la direction de Monsieur de Sade plus connue sous le titre de Marat-Sade.

On devrait d’ailleurs revoir cette pièce à l’automne prochain dans une mise en scène d’Ivan Morane avec notamment Yann Collette, Sade et Denis Lavant, Marat. Autre jalon très important, Madame de Sade de Yukio Mishima dont on n’oublie ni la mise en scène de Sophie Loucachevsky à Chaillot en 1986 ni celle de Jacques Vincey présentée au TNT en décembre 2009.

De plus, il y a un peu plus de vingt ans, en 1989, Michèle Venard avait mis en scène à l’Atalante, à Paris, un texte coécrit avec Jean-Michel Guillery De Sade Juliette (L’Avant-scène théâtre n° 847) et dirigé Christia n Fischer-Naudin et Nadine Spinoza, avec, off, Marcel Bozonnet, voix de Fouquier-Tinville, l’accusateur. Aujourd’hui, c’est d’une autre manière, mais dans un même esprit, que l’on peut réentendre Donatien de Sade.

Comment vous êtes-vous intéressée à Sade ?

J’avais été très frappée par le Madame de Sade de Sophie Loucachevsky. J’avais vu le spectacle dix fois. En 1989, je travaillais pendant le Festival d’Avignon et, en cette année de célébration du Bicentenaire de la Révolution française, Gérard Gélas avait mis en scène la pièce de Peter Weiss, Marat-Sade. Au travers de la pièce, de la force de la situation imaginée par l’écrivain, j’ai été impressionnée et touchée par le « personnage » dont j’avoue qu’alors il n’était qu’un nom… J’ignorais l’immensité de son oeuvre.

Et à partir de ce moment là, vous l’avez lu et lu tout ce qui le concerne ?

Oui. Je n’avais aucun projet d’écriture alors. Mais je voulais le connaître et tenter de le comprendre. J’ai procédé comme je l’ai souvent fait depuis en travaillant pour le théâtre ou pour l’opéra : j’ai tout lu. Je pense que c’est dans les oeuvres que l’on trouve les meilleures réponses. Mais pour Sade, j’ai aussi lu les ouvrages qui lui ont été consacrés. Un portrait de Sade par Raymond Jean (Actes Sud) puis, la biographie de Gilbert Lély, Vie du Marquis de Sade (Mercure de France), Sade vivant de Jean-Jacques Pauvert qui fut l’éditeur qui prit le risque de tout publier (Pauvert/Robert Laffont) et beaucoup d’autres, Agnès Laborde, Annie Lebrun, notamment.

Quand avez-vous eu envie d’aller plus loin et de composer Monsieur le 6 ?

Que cet homme, pour moi l’incarnation de la liberté, ait passé trente ans en prison m’a beaucoup frappée. Lorsqu’il parle de ses conditions de détention, dans ses lettres, on est saisi. Sur les soixantequatorze ans de sa vie, Sade aura été enfermé trente ans durant… J’ai donc imaginé sa détention à Vincennes, dans ce cachot en octogone que l’on peut à nouveau visiter… Je l’entendais… Je voulais témoigner pour lui du désastre de son enfermement.

Cet homme enfermé, cet aristocrate provençal, hante pourtant quelques lieux qui ne sont pas des prisons…

Oui. C’est aussi par ses demeures que j’ai approché Sade. Je me suis rendue au château de Saumane avec le meilleur des guides, le Comte Xavier de Sade. Cela m’a violemment touchée. J’ai grimpé jusqu’à Lacoste, escaladé les murs, bien avant que le site ne soit dévolu à des spectacles. Un lieu austère et beau, solitaire, venteux, impressionnant…

Sur quels textes de Donatien de Sade vous appuyez-vous ?

Sur les milliers de lettres qu’il a écrites à sa femme et aux autres, sur son Journal de Charenton surson Histoire de ma détention puis sur Aline et Valcour ou le Roman philosophique, Les cent vingt journées de Sodome, Justine. J’ai utilisé également une de ses pièces, une comédie, Le Capricieux.

Comment avez-vous procédé ?

J’avais dessiné une première version dans les années 90. Mais sans projet de réalisation. Et puis, lorsqu’au Théâtre national de Toulouse, nous avons pris la décision, avec Laurent Pelly de programmer Madame de Sade de Mishima dans la mise en scène de Jacques Vincey, j’ai pensé qu’il serait judicieux d’entendre Sade, de le faire parler, lui.

C’est votre première mise en scène ?

On peut le dire ! J’avais travaillé avec Jean-François Zygel, lorsqu’il était venu à Toulouse, et cela m’a donné la minimale confiance qu’il faut…Mais jamais je ne me serais lancée dans cette aventure sans Eddy Letexier. C’est une personne que j’adore comme être humain, que j’admire comme interprète. Physiquement, il a le côté puissant de Sade, cette idée d’une résistance hors du commun.  

Le texte est composé de quatorze séquences puisées à des sources différentes du corpus sadien. Que souhaitez-vous nous faire entendre ?

J’aimerais que l’on comprenne, par le truchement de la figure de Sade, de sa parole, de son incarnation, qui il fut mais aussi que l’enfermement sans raison valable, pour « débauche aggravée et sodomie… », est l’une des pires choses que l’on puisse faire subir à quelqu’un. Il est prisonnier et il ne sait pas si un jour il sera libéré. Au-delà des conditions sanitaires déplorables, au-delà de la destruction de ses biens, de sa bibliothèque à la Bastille, par exemple, ce qui est pour lui la plus profonde des tortures c’est de ne pas savoir quand tout cela finira : « La vérité que je vous demande ? Elle est courte, elle est brève, il est inutile de la noyer dans un fatras de rabâchage de l’autre monde. Il faut m’écrire dans une seule ligne : Vous sortirez le…du mois de…année…à…heures du matin ou du soir ». Ce qui lui fut toujours refusé.

Quelques mots sur l'acteur :

Eddy Letexier

Formation au Conservatoire de Liège, en Belgique. Il joue notamment sous la direction de Lorent Wanson (La Vie de Galilée de Bertolt Brecht, On dirait des vrais de J.M. Piemme, Salomé d’Oscar Wilde, Un ennemi du peuple de Henrik Ibsen, Sainte Jeanne des abattoirs de Bertolt Brecht, Oqt de F. Clarinval) ; Elizabeth Ancion (Vingt Heures précises de J-L Napolilo, Le Baron de Flemale d’A.Vanderbist, Le Pitchfork Disney de P. Ridley, La d-mission de J.L. Napolilo) ; Jean-Claude Berutti (Le Mariage de Figaro de Beaumarchais, Beaucoup de Bruit pour rien de Shakespeare)…Il joue dans plusieurs mises en scène de Laurent Pelly : Le Voyage de Monsieur Perrichon d’Eugène Labiche, Le Roi nu d’Evguéni Schwartz, Foi Amour Espérance d’Ödön von Horváth, Le Songe d’ August Strindberg, Renseignements généraux de Serge Valletti, Les Malices de Plick et Plock de Christophe, Jacques ou la soumission et L’avenir est dans les oeufs d’Eugène Ionesco, Le Menteur de Carlo Goldoni, Mille francs de récompense de Victor Hugo, Funérailles d’hiver de Hanokh Levin

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